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Vespa : un lifestyle polynésien

Les premières Vespa en Polynésie française sont apparues après la Seconde Guerre mondiale. Elles ont aussitôt conquis les Polynésiens par leur côté pratique et par leurs belles courbes. Aujourd’hui comme hier, la Vespa est à la fois un mode de transport très pratique mais aussi et surtout un lifestyle. Reportage.

vespa tahiti papeete

« Écoute… Celle-là, elle est de 1975 ». Rien n’échappe à Arii. Adossé au mur du magasin Chong Fat à Papeete, spécialiste des pièces de mécaniques pour deux-roues, le jeune homme est à l’affût. Dès qu’il entend une Vespa passer dans la rue, il tend l’oreille tel un musicien relevant à la volée les notes d’un morceau. Ce trentenaire est un spécialiste de la Vespa, il saurait les reconnaître entre mille. Employé dans ce magasin, ouvert depuis les années 1960, Arii croise tous les jours des conducteurs et amateurs de Vespa qui viennent acheter des pièces, spécialement importées d’Italie, pays d’origine de la Vespa. Ils sont une dizaine à venir chaque jour. « Ici, c’est un lieu de lien social. Quand ils viennent, on discute Vespa, les modèles, les pièces, les moteurs, ce qu’on va faire avec… », explique le jeune homme de 29 ans qui s’est offert il y a six ans un modèle Primavera de 1981, son premier engin. « Je l’ai choisie pour ses courbes et sa ligne. Une Vespa, c’est comme une femme, on l’aime pour ses formes généreuses ». Comme beaucoup de Polynésiens, Arii a été conquis au premier coup d’œil par ce deux-roues venu tout droit de la péninsule italienne.

La Vespa, un engin du quotidien

Les premières Vespa sont arrivées en Polynésie française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, seules quelques voitures roulaient à Tahiti. Les Polynésiens avaient plutôt l’habitude de se déplacer à vélo ou en truck, le bus d’alors. En 1948, l’entreprise familiale Tracqui fait de la Vespa italienne son fonds de commerce, deux ans après seulement que l’Italie ait présenté son nouveau moyen de transport innovant au public. C’est une petite révolution pour les Polynésiens, qui troquent leur vélo ou leur voiture contre ce nouvel engin pratique et moins fatigant. Désormais, il est plus facile d’aller faire ses courses, de rejoindre ses amis à l’ombre d’un cocotier ou de sortir s’amuser… Chaque famille polynésienne a sa Vespa. « On allait chercher le poisson avec, ou bien on allait à la plage. Et tout le monde montait dessus : papy et mamy, les jeunes couples, les enfants. Nulle part ailleurs, on ne voit ces images », confie Arii, fier d’avoir lui aussi ce deux-roues d’antan devenu un véritable lifestyle en Polynésie française. Aujourd’hui encore, les Vespa foisonnent dans les rues de Tahiti. Au marché du centre-ville de Papeete, tous les dimanches, les Polynésiens viennent chercher leur petit déjeuner. Pain coco, pua roti (du cochon roti), firifiri (des beignets), poisson, fruits et légumes… ce moment est important pour les Tahitiens, certains viennent même des communes voisines pour profiter de cet instant de vie et de cette effervescence matinale avant de retrouver la tranquillité du foyer familial. La plupart d’entre eux s’y rendent en scooter. C’est un véritable défilé de Vespa de tous types et de toutes les décennies. La Primavera des années 1960, la Px des années 1970 ou la Piaggio des années 1980… « C’est pratique pour circuler et facile à réparer », explique Rudy, 47 ans, le sac rempli de courses posé à ses pieds. « C’est mon petit bijou », confie Thierry, chauffeur de poids lourd, la main sur le guidon de sa Vespa prête à démarrer. « On va partout avec », s’amuse, à côté, un couple de Polynésiens. « C’est moins coûteux qu’une voiture et j’aime son bruit », souligne Marcel, qui vient de terminer son tour de marché… Tous utilisent la Vespa pour se déplacer, aller au marché ou au travail, emmener son enfant à l’école ou se balader sur l’île. Tous se sont approprié ce deux-roues italien pour faciliter leur quotidien. Au fil des ans, la Vespa italienne s’est transformée en Vespa polynésienne. Un dimanche matin de décembre, des dizaines de Vespa sont alignées sur un parking de Papeete. Certaines sont habillées d’un drapeau polynésien, d’autres ont un moteur chromé ou une selle design. Ce matin-là, alors que l’aube pointe le bout de son nez, une dizaine d’amateurs de Vespa se sont rassemblés pour faire un tour de l’île de Moorea, île sœur de Tahiti.

Que des passionnés de Vespa. Certains, comme Marcel, ont trois Vespa chez eux. Ce qu’il aime par dessus tout : travailler sur ces engins, remplacer des pièces, modifier la peinture, cirer son moteur. « Je passe beaucoup de temps dessus ; c’est un peu comme ma deuxième femme », confie-t-il, sourire en coin. Le quadragénaire est à l’origine de l’association Vespa Team Tahiti, créée en 2011 afin de rassembler les aficionados de Vespa. Aujourd’hui, ils sont une vingtaine à y avoir adhéré. « Quand on se retrouve, on parle de la Vespa, de ce qu’on a modifié sur notre engin, et puis on découvre plein de modèles », s’enthousiasme Edmond, 59 ans, qui utilise sa Vespa tous les jours pour aller chercher son petit-fils à l’école. Francisco, lui non plus, ne quitte plus son deux-roues dont il a rénové moteur et carrosserie. « Ma femme est souvent en colère car je passe plus de temps dessus qu’avec elle, s’amuse t-il. La Vespa, c’est la prunelle de mes yeux.» Beaucoup de ces aficionados aiment travailler sur leur engin, très facile à manipuler et à réparer, mais aussi peu coûteux.

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« Si on aime la vieille mécanique, la Vespa c’est un vrai plaisir, il faut juste avoir l’oreille », explique Arii, l’employé du magasin, qui a déjà participé aux deux tours de l’île organisés à Tahiti en fin d’année. Certains aiment aussi retravailler la mécanique pour « booster » leur Vespa, c’est le cas de Laurent, habitant de Moorea. Lorsque la Vespa Team l’a rejoint pour y faire le tour de l’île, il a montré de quoi il était capable : il a transformé sa Vespa de 8 chevaux en engin de 30 chevaux. « Ils étaient impressionnés », explique, pas peu fier, le quadragénaire qui a deux Vespa, une Sprint vieille de 42 ans et une Primavera âgée de 18 ans. Durant des heures, ils ont parlé ensemble de leurs Vespa respectives, un moment d’amitié et de passion.

Une communauté autour de la passion Vespa

Au-delà d’une mécanique simple et d’un bel objet, la Vespa c’est aussi un bruit particulier et une allure. « Lorsque je monte dessus, mon premier plaisir est le démarrage. Elle a un bruit particulier bien à elle que j’aime beaucoup. Et puis, j’adore circuler avec et passer les vitesses. C’est petit et maniable », confie Cyril, tombé amoureux de sa Vespa il y a quelques années. Depuis, il ne la quitte plus. Il aime déambuler dans les rues de Papeete, regarder les autres Vespa et saluer leurs conducteurs. « Entre nous, on s’entraide, on se dit bonjour, c’est une véritable communauté », confie Cyril qui a adopté la fameuse charte mondiale de la Vespa et la façon bien particulière de la conduire. « Il faut se tenir droit, avoir une conduite de gentleman en toutes circonstances et connaître l’origine de sa Vespa. » Une conduite respectée un peu partout dans le monde par les amoureux de ce deux-roues unique. Et lorsqu’on commence à y prendre goût, il devient impossible de s’en passer. « La Vespa, c’est comme la Polynésie, quand on y goûte une fois, on y revient toujours ! », aime rappeler Cyril. C’est ainsi que la Vespa italienne a conquis les Polynésiens, qui désormais ne peuvent plus s’en séparer.

Rédaction et propos recueillis par : Suliane Favennec 
Photos : Grégory Boissy