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Vahine Fierro : A la conquête de la planète surf

Lorsque nous l’avons rencontrée à Tahiti, Vahine Fierro était heureuse d’être de retour après plus d’un mois et demi d’absence. Mais la jeune championne de 18 ans, originaire de l’île de Huahine, était surtout aux anges de ramener le trophée de championne du monde junior pro dans ses bagages, remis le 8 mars dernier en Australie pour couronner un talent et une détermination sans faille, qui la mèneront forcément très loin.

vahine fierro huahine

Comment as-tu commencé le surf ?

Vahine Fierro : Mon papa, qui est de San Diego, faisait des compétitions de surf en Amérique avec des stars telles que Kelly Slater et Rob Machado. Mais il s’est blessé et a dû arrêter. Il est venu à Huahine où il a rencontré ma maman à qui il a très vite appris à surfer. Le surf, pour mes petites sœurs et moi, est comme une tradition familiale. J’ai appris à nager à 1 an et demi, ensuite j’ai commencé le bodyboard avec mon papa. Je suis montée sur une vraie planche vers 3 ou 4 ans et j’avais déjà fait beaucoup de progrès à 5/6 ans. J’ai adoré ce feeling, la sensation de liberté et de pouvoir s’exprimer comme tu veux sur la vague. Et puis c’était quelque chose que nous partagions ensemble. Je suis très proche de ma famille et ça passe aussi par le surf.

 

D’où est venue l’idée de participer à des compétitions de surf ensuite ?

Vahine Fierro : En fait, je détestais les compétitions et d’ailleurs je n’en ai pas fait jusqu’à l’âge de 13 ans. Je m’amusais tellement, je n’en voyais pas l’intérêt. Ce n’était pas notre lifestyle, nous surfions pour le plaisir. Mais papa regardait les compétitions en ligne sur Internet et il voyait bien que même sans me mesurer aux autres j’avais le niveau. Alors il m’a un peu poussée en me disant : « Pourquoi n’essaies-tu pas ? C’est un métier de rêve de faire ce que tu aimes en t’amusant ! ». J’ai donc commencé avec les compétitions Coca-Cola à Tahiti, puis les juniors pro… et j’y ai pris goût.

Où en es-tu de ta carrière de surfeuse aujourd’hui ?

Vahine Fierro : Aujourd’hui je suis semi-professionnelle. Je viens de remporter le titre de championne du monde junior pro et cette année je vais être très présente sur le QS (les World Qualifying Series, qui constituent la ligue d'accès à l'élite mondiale du surf ou WCT, regroupant les 38 meilleurs professionnels hommes et les 17 meilleures femmes, NDLR). Avant, j’avais déjà remporté le titre de vice-championne du monde, en 2016, au Portugal. Si tout le monde peut participer au QS, il faut beaucoup de maturité pour commencer à cumuler les points qui permettent d’atteindre le WCT.

 

Comment finances-tu tout cela ? 

Vahine Fierro : Au début, tout l’argent venait de mes parents et mon père a aussi fait mes planches jusqu’en août dernier. Mais ensuite, ils m’ont dit que dans la vraie vie les choses ne se passaient pas comme ça et que je devais travailler si je voulais quelque chose. J’ai donc commencé à faire et vendre des tartes au chocolat qui m’ont permis au bout de deux ans de payer un billet d’avion ! Et c’est vrai que ça motive : quand tu te déplaces, ça coûte cher, tu viens de loin et t’as pas envie de perdre au premier tour ! Ensuite, j’ai commencé à être bien aidée par Air Tahiti Nui et Dakine, une marque d’accessoires de surf. Surtout, j’ai été remarquée par le tahitien Raimana Van Bastolaer. Il est une figure influente du surf mondial et il m’a recommandée auprès de la team Roxy, la marque de surf qui est donc devenue mon main sponsor. En février 2018, j’ai également signé un contrat de 3 ans avec Jeep. Enfin je suis aussi soutenue par ma commune de Huahine, à hauteur de leurs moyens. Ils sont très fiers de leurs athlètes !

 

Et où en es-tu de tes études ? 

Vahine Fierro : En juin 2017, j’ai obtenu mon bac économique et social au lycée de Papara sur l’île de Tahiti. J’étais en section sport-étude Surf et j’ai reçu beaucoup de soutien de la part de mes professeurs car j’ai quand même raté pas mal de cours. Mais je me sentais assez coincée avec l’école. Comme tout le monde n’a pas la chance d’avoir une deuxième voie offerte et que je touche un salaire depuis mes 16 ans, j’ai décidé de prendre une année sabbatique. Mais durant les compétitions, il y a énormément de temps d’attente que je peux mettre à profit pour mes études en fait ; en septembre, je vais donc reprendre une licence d’anglais en ligne pour devenir professeur.

À ton avis, qu’est-ce qui fait la différence entre toi et les autres surfeuses du tour mondial ?

Vahine Fierro : Les commentateurs disent souvent que je suis fluide, puissante, avec un joli style. En fait, si j’ai la bonne vague, je suis sûre d’avoir un bon score et de passer. Bien sélectionner ses vagues c’est très important et le coach de Roxy m’a donné de très bonnes techniques pour bien entamer mes séries et avoir un début qui met en confiance. C’est important aussi de savoir continuer à s’amuser en compétition. Et pour être bien équilibrée, il faut savoir bien s’entourer ; moi, je le suis toujours.

Que représente le surf pour toi ?

Vahine Fierro : Le surf, c’est ma vie. Je surfe tous les jours, j’ai toujours cette envie. C’est comme une histoire d’amour. Le matin, quand mes sœurs sont à l’école et mes parents au travail, je m’entraîne très sérieusement en faisant des séries, et l’après-midi, place à l’amusement avec mes sœurs. C’est très important, j’arrive à préserver les deux dimensions comme ça.

 

Quels sont tes « spots » préférés, ici et ailleurs ?

Vahine Fierro : Mes spots préférés sont bien sûr à Huahine, mais je ne dirai pas où car ce sont des secret spots ! (Rires). Sinon j’aime beaucoup la Presqu’île de Tahiti, Teahupoo et Teavaiti. À l’étranger, j’ai eu un gros coup de cœur pour un spot au Maroc qui s’appelle La Mouette. Je l’ai découvert lors de vacances en famille et j’ai adoré, autant le pays que la culture et les vagues.

Tu n’as jamais peur ?

Vahine Fierro : J’ai toujours peur ! Quand c’est "gros". J’ai surtout peur à Teahupoo car c’est une vague extrêmement dangereuse. Mais j’essaie toujours de me pousser. Après je n’ai encore jamais passé 4 mètres ; ma plus grosse vague atteignait 3,5 mètres, c’était à Huahine et j’étais trop contente de l’avoir prise !

 

Quels sont tes prochains challenges ?

Vahine Fierro : Je me donne deux ou trois ans pour parvenir à me qualifier sur le CT. En fait dans le surf, tu perds beaucoup plus souvent que tu ne gagnes… Donc cette année mon plus gros challenge va être d’apprendre à perdre et à accepter la défaite alors que j’ai horreur de ça. Mais j’aimerais quand même faire des résultats réguliers, parvenir toujours en quarts des compétitions de surf et apprendre à ne pas refaire les mêmes erreurs, car à ce niveau toutes les compétitrices sont très fortes. Et je veux surtout continuer à m’amuser, ne jamais me gâcher ce plaisir.

Tu as des idoles parmi les surfeurs professionnels ?

Vahine Fierro : Michel Bourez, que j’adore, mais aussi Jérémy Flores… J’étais avec eux en Australie, c’était génial ! Et puis chez les filles Stephanie Gilmore, une Australienne qui a été six fois championne du monde. Elle fait partie de la team Roxy et quand ils sont venus sur mon île, avec toute l’équipe, pour un photoshoot en 2015, ça a été l’un des plus beaux jours de ma vie.

Quels sont tes plus grands rêves de jeune femme de 18 ans, en élargissant un peu au-delà du surf ?

Vahine Fierro : Mes rêves sont quand même bien axés sur le surf (rires) ! Mais mon véritable objectif est d’être toujours heureuse dans la vie. Personne n’a une vie sans problème et c’est facile de se laisser emporter. Moi, je ne veux jamais perdre le bonheur de vue. Et puis je veux rester simple et gentille avec les autres aussi. J’essaie toujours de soutenir mes proches, ma famille et même les étrangers qui ont besoin d’aide. Je veux rester ainsi.

 

vahine fierro soeurs

Pour finir, comment te vois-tu dans 10 ans ? 

Vahine Fierro : Si je suis sur le Tour, je serai tout le temps en voyage. Et j’emmènerai ma maman avec moi, parce qu’elle sera à la retraite. En fait, nous serons tous en voyage puisque mes sœurs seront aussi sur le QS ! Et si ce n’est pas le cas, je serai prof d’anglais à Huahine et je surferai tous les jours chez moi. Parce que même si j’ai découvert plein d’autres destinations, Huahine reste mon paradis. Il n’y a pas d’embouteillages, pas beaucoup de gens, nous y sommes complètement connectés à la nature et je ne pense pas que cela change. En plus, nous vivons en montagne où je randonne souvent et nous avons un immense jardin potager… tout pour plaire et s’occuper. C’est une beauté fatale cette île !

 

Interview et rédaction : Virginie Gillet