anaa pecheurs atoll polynesie

Un trésor pour l'atoll de Anaa : le kiokio ou bonefish

Dans l’archipel des Tuamotu sur le petit atoll de Anaa, une espèce de poisson, le kiokio, est maintenant au cœur du développement d’une forme innovante d’écotourisme par la volonté des pionniers, de passionnés mais aussi des jeunes générations.

A 377 km à l’est de Tahiti, l’île de anaa borde l’archipel des Tuamotu. Avec sa forme ovale de 28 km de long et 7 km de large, elle constitue, après Rangiroa, la seconde plus grande surface émergée des Tuamotu : 37,7 km2 répartis sur onze îlots (ou motu) entourant un lagon de 90 km2. L’atoll est aujourd’hui en voie de prendre une dimension intéressante avec l’édification d’un modèle économique original. Il est peuplé de près de 500 habitants qui, avec la pêche, vivent en grande partie de la production du coprah issu de ses cocoteraies et envoyé à Tahiti pour y être transformé en huile. Dans ces îles éloignées de Tahiti que sont les Tuamotu, les seules alternatives consistent en un tourisme à petite échelle, l’exportation de poissons et, dans certains atolls dont les conditions environnementales sont favorables, la perliculture (ce qui n’est pas le cas de Anaa).

Il en résulte bien souvent l’absence d’emplois conduisant au départ des jeunes vers d’autres horizons, une réduction des opportunités en matière d’éducation et, in fine, une diminution de la population. À Anaa, au travers d’un projet pilote, d’autres activités se font jour qui visent à diversifier la petite économie de l’île, notamment en favorisant l’émergence d’un écotourisme adapté à son échelle et mettant en valeur ses atouts naturels et culturels.

Anaa, spot de pêche à la mouche

C’est un poisson, dont la chair est particulièrement appréciée des habitants, qui est à l’origine de ce qui pourrait bien être une petite révolution et servir de modèle. Le kiokio – bonefish ou encore poisson os (Albula glossodonta) – se plaît dans les eaux de ce lagon peu profond où il se nourrit de vers benthiques, d’alevins, de crustacés et de mollusques. Ce qui lui donne un goût unique, apprécié des habitants de l’atoll. Depuis des générations, les pêcheurs de l’île y ont installé des parcs qui sont en fait des nasses réalisées avec des blocs de corail mort. Les poissons, piégés, y sont facilement capturés, et en quantité. Mais l’adaptation relativement récente de grillages en métal à l’issue de ces pièges les tient définitivement enfermés alors qu’autrefois ils pouvaient s’en échapper avec la marée haute. Cela permet des pêches plus abondantes mais empêche notamment les femelles de sortir du lagon, pour aller pondre leurs œufs dans l’océan. En conséquence, ce poisson largement consommé frais ou séché a vu son stock diminuer au fil des années et pourrait, à terme, être en danger.

Or, le kiokio attire aussi une autre catégorie de pêcheurs, étrangers ceux-là (Européens, Américains, Australiens…), qui ont découvert ce spot il y a quelques années et qui y pratiquent une tout autre technique, la “pêche à la mouche”, ou Fly Fishing. La mise en place d’un plan de conservation du kiokio s’avérait donc nécessaire pour répondre à un double objectif : préserver la sécurité alimentaire sur l’atoll et y développer une niche touristique qualitative tout en étant économiquement intéressante. Une étude scientifique a été commanditée, il y a trois ans, par la fondation The island initiative dans le cadre du projet pilote qu’elle y a mis en place. Cette étude a permis de mieux connaître le cycle de vie du kiokio ainsi que d’identifier les lieux et périodes de sa reproduction.

Or, le kiokio attire aussi une autre catégorie de pêcheurs, étrangers ceux-là (Européens, Américains, Australiens…), qui ont découvert ce spot il y a quelques années et qui y pratiquent une tout autre technique, la “pêche à la mouche”, ou Fly Fishing. La mise en place d’un plan de conservation du kiokio s’avérait donc nécessaire pour répondre à un double objectif : préserver la sécurité alimentaire sur l’atoll et y développer une niche touristique qualitative tout en étant économiquement intéressante. Une étude scientifique a été commanditée, il y a trois ans, par la fondation The island initiative dans le cadre du projet pilote qu’elle y a mis en place. Cette étude a permis de mieux connaître le cycle de vie du kiokio ainsi que d’identifier les lieux et périodes de sa reproduction.

Atoll de Anaa : "Te kura Moana no tagihia", aire marine éducative

Depuis deux ans, cette école a intégré un processus pédagogique né en Polynésie française, en 2012 aux Marquises, et qui a été adopté depuis au niveau national : l’aire marine éducative (AME).

Il s’agit d’une zone maritime littorale de petite taille qui est gérée de manière participative par les élèves d’une école, suivant des principes définis par une charte. Les élèves de Anaa ont travaillé avec Alex Filous, un jeune doctorant américain en biologie marine, engagé par The Island Initiative. En prolongement de son étude, il a mis en place un protocole scientifique pour l’école, spécifiquement dédié à l’étude du kiokio. Les élèves ont choisi une portion du lagon à proximité du village comme aire d’étude et de préservation. Il se trouve que cette zone, un ancien site “royal” et sacré, est justement la zone de reproduction majeure où les kiokio se rassemblent avant d’aller pondre de l’autre côté du récif.

 Nommée « te kura moana no tagihia », elle s’étend sur une surface de deux kilomètres carrés. Le projet de l’école a reçu le soutien de la grande majorité de la population et il a été décidé d’y mettre en place un rāhui de trois mois, un protocole ancestral traditionnel qui permet à la nature de se régénérer grâce au maintien, dans un espace défini, d’une période d’interdiction de récolte, ici, de pêche. Ce rāhui a été inauguré le 1er mars 2019. Désormais, de mars à juin, les grillages seront enlevés des parcs individuels et les parcs collectifs seront ouverts afin de laisser un libre passage au kiokio, le temps de se reproduire.

 Un protocole d’accord a été signé entre la fondation, les pêcheurs de l’île et l’école afin de soutenir la mise en place du rāhui et d’en suivre l’impact sur les stocks de kiokio. La reconnaissance du label AME permet aux écoliers d’en apprendre plus sur leur lagon et d’en protéger les ressources, dans un objectif de développement durable qui prend tout son sens au sein de cette communauté insulaire. En visitant Anaa, les touristes font le choix de vivre une expérience authentique tout en contribuant à la préservation d’un mode de vie traditionnel. Ils y découvrent un patrimoine culturel et naturel hors des entiers battus, où l’accueil et le partage  sont des valeurs qui font la fierté des habitants de l’atoll. Arriver à Anaa en touriste, c’est avoir l’assurance d’en repartir en ami !

Tuamotu : la pêche à la mouche

La pêche à la mouche est une activité de pleine nature, mais aussi un loisir, qui consiste à pêcher un poisson avec un leurre nommé “mouche de pêche” qui, dans la plupart des cas, représente soit un insecte, soit sa larve. Popularisée au début des années 1990 par le film à succès et au milieu coule une rivière de Robert Redford avec Brad Pitt, il s’agit d’une pratique sportive – en rivière, en lac ou en mer – à l’issue de laquelle le poisson est relâché. De par sa beauté et son originalité, Anaa a désormais rejoint le cercle des destinations mondiales - très convoitées par les amateurs - du « Fly Fishing ». Le tour opérateur Fly Odyssey accompagne ce projet, en partenariat avec la Fondation The Island Initiative, et il assure la promotion de l’atoll sur les marchés internationaux. Son fondateur a opté pour une approche plus humaine de son activité et soutient les initiatives développées sur l’île, notamment en participant à un fonds pour le développement de Anaa géré par The Island Initiative et alimenté par des dons émanants de chaque touriste qu’il y envoie.

The Island initiative : une philosophie de développement

L’objectif principal de la fondation The Island Initiative est de promouvoir l’autosuffisance économique des îles isolées et un peu oubliées et la gestion durable de leurs ressources naturelles. Fondation basée en Angleterre, elle a été cofondée et est dirigée par Hinano Bagnis, une Polynésienne qui a notamment rédigé une thèse de doctorat en droit : la promotion des investissements en polynésie française : Approches nationale, communautaire, internationale. À Anaa, The Island Initiative souhaite aider les habitants à affirmer leur existence tout en permettant d’avoir le choix de leur avenir : le choix d’y rester sans être forcé à l’exil pour trouver du travail ; et, pour leurs enfants, de pouvoir y revenir après des études nécessairement réalisées à l’extérieur de l’île. La pêche à la mouche offre la possibilité pour les habitants de Anaa de valoriser leur connaissance du milieu et leur ancienne tradition de pêcheurs. Elle permet aussi de développer d’autres activités liées au tourisme telles que : guide de pêche, guide culturel, artisanat, agriculture, hébergement chez l’habitant… selon une approche respectueuse de leur culture et de leur environnement.

 

Les aires marines éducatives : un concept né en Polynésie

Le concept d’« aire marine éducative » est né en 2012, aux Marquises, de l’imagination des enfants de l’école primaire de Vaitahu (île de Tahuata), avec l’appui de la fédération Motu Haka et de l’ex-Agence des aires marines protégées. Il a reçu le soutien du gouvernement polynésien et de la communauté de communes des îles Marquises (CODIM). Plusieurs écoles de Tahiti et des îles y ont adhéré depuis, sous l’égide de la Direction générale de l’éducation et des enseignements (DGEE) en Polynésie française. En 2015, la démarche a été étendue à l’échelle nationale  en respectant la philosophie de ce concept qui s’appuie sur trois piliers : “connaître, vivre et transmettre la mer”.

Ouvrage : Commun et océan, le Rāhui en Polynésie

Tamatoa Bambridge, François Gaulme, Christian Montet & Thierry Paulais, Au Vent des Îles, mai 2019. Pour en savoir plus, on lira avec grand intérêt cet ouvrage paru tout récemment et qui interroge le rapport entre la tradition du rāhui, un système de jachère traditionnel de la société polynésienne, et de nouvelles formes de gestion des espaces lagonaires au travers de la notion de commun.

Source : Reva Tahiti Magazine

Texte : Claude Jacques-Bourgeat

Photos : Hutchins, P. Bacchet